Les chevaux sauveurs

Hélice Hélas, 2014

14.5x18.5 cm

200 pages

ISBN 978-2-940522-26-2

CHF 28

Dix récits contemporains au cœur du monde et pourtant à l’écart. Leur héros ou leur héroïne marche généralement, parfois prend l’avion, un téléphérique ou un vélo, fait le tour du monde, Afrique Asie, ou simplement une vallée des Alpes, toujours dans l’immensité et le vide.

Et si le premier récit est une histoire de trop plein, contrepoint du recueil, c’est une accumulation parodique, muséologique, symbolique qui veut conférer un sens à ce qui dans la société de consommation et d’entassement n’en a plus. D’ailleurs son héroïne finit par s’envoler vers l’est en réinsufflant la vie aux objets collectionnés.

Le dernier boucle la boucle en donnant la parole à un outil ancien, universel, qui sert à creuser les pirogues ou les fontaines dans un tronc, l’herminette, qui va faire surgir par sa magie, du fond du musée, une rétrospective lyrique de l’histoire de l’homo sapiens, de ses rapports avec l’univers, de ses dépendances à  l’outil, à la nature, à l’ivresse, à tout et à rien.

 

Entre deux, les huit autres récits illustrent le temps de rêver, d’imaginer et  la longue marche lente dans un monde de vitesse dont on n’oublie pas l’horreur, réenchanté par le regard du personnage.

 

Une sacoche perdue, presque rien, qui permet au héros de découvrir qui il est. L’idiot du village se révèle sage-femme improvisée et chamane dans une benne de téléphérique. Ayant perdu leurs pères, deux amis fondent l’église de l’absence, ce que la xyloglossie nomme secte. Un errant rencontre son étrange destin au cœur d’un village africain, alors qu’un autre, métis, envoyé étudier en Suisse retourne au cœur de l’Afrique pratiquer une médecine parallèle. Ces va-et-vient dans ce monde globalisé n’empêchent pas un héros de découvrir dans son corps malade les signes de son appartenance au règne des bactéries et des champignons.  Une traversée insolite  découvre l’irremplissable vide de Lausanne et des urbanisations.  On voit le monde à l’envers (ou à l’endroit ?) et l’action bizarre, imprévisible et improbable des petits chevaux noirs du pays d’En-haut.

Lador nous donne ici dix récits non dépourvus d’ironie, d’humour et de poésie. La musique de la phrase, la jubilation verbale laissent transparaître une sorte de détachement du bruit et de la fureur ordinaires. Un recueil qui éclaire l’obscur comme l’obscure clarté qui tombe des étoiles, étoiles souvent évoquées  par un auteur qui se sait leur enfant perdu.

 

Couverture et illustrations d’Adrien Chevalley