Ecrire une œuvre

La pâte verbale flue, coule, jaillit, s’étend se disperse ou se condense. Les préfixes et les suffixes, les rimes et les assonances participent de la musique, l’engendrent et se marient avec le sens, sens et son pour produire le texte qui résonne et raisonne, et sonne, claxonne, on ne peut pas dire que le son créée le sens, ni le contraire. C’est comme l’inné et l’acquis, moi et ma circonstance, la relation entre une forme qui s’incarne dans un monde préexistant qui se modifie sans cesse. La forme et sa matière se transforment sans cesse. Chaque bifurcation, chaque possible est évoqué, invoqué et se cristallise ou non, reste mou ou évanescent. Le livre fini offre encore des échos, des possibles qui sans y être imprimés y gisent vibrant plus ou moins à l’état de germes ou de fantômes, comme un mycélium invisible qui progresse souterrainement et un jour donnera un petit champignon visible à l’orée de la forêt. Reste l’inconnue, ces divagations, ces arborescences existent-elles de tout temps quelque part, dans un réservoir limbique auquel le cerveau va s’abreuver ? ou sous une forme floue, en germes, attendant le rayon de soleil propice ou encore en poussière atomique attendant le regroupement parental ou un simple cyclone pour s’incarner, de développer, envelopper quelque autre poussière telle les cristaux dans une géode ou un paysage minéral que le promeneur effaré prendra pour un arborescence végétale ou alors la baguette disparue dans un ruisselet d’eau calcaire qui laisse un exosquelette entourant sa forme vide, évadée, dissoute au cœur de la concrétion, Tout cela ne serait-il qu’illusions, univers parallèles bien réels mais ignorés ou reflet comme le spectre de Brocken, une anthélie, une simple gloire circulaire, une aura, une aurore boréale, une parhélie, un signe, un mandala, une forme venue d’ailleurs ou d’ici, fille de la physique et du rêve.