La guerre des légumes

Olivier Morattel Editeur, 2010

13x20.5 cm

336 pages

ISBN 978-2-9700701-1-5

CHF 36

Un ouvrage exceptionnel qui vous fera du bien.

 

Ce roman n’est pas classique, il le deviendra. Ample, cosmique, parfois truculent, satirique, philosophique, dans la lignée de Rabelais, c’est une symphonie autour de la petite phrase suisse et européenne : mangez cinq portions de légumes.

 

Le narrateur (l’ours), sa compagne Maria-Stella (l’étoile), directrice d’un parc naturel régional qui élève des légumes plus ou moins rares (le chou) vivent des aventures sur une planète terre envahie par l’espèce humaine.

 

Le lecteur est bientôt emporté par les vagues, les arborescences de l’écriture poétique du livre. Toutes ses certitudes éventuelles sont ébranlées, ses intuitions peut-être confirmées. Sa rage contre les excès du capitalisme et du socialisme, son sentiment de déracinement, son incompréhension de la mondialisation, le chou ou la carotte vont les lui faire voir autrement. La guerre est permanente, elle est accélération et intensification de la paix ou de l’amour.

Les héros et les légumes voient au-delà des apparences, au cœur du réel, dans les circonvolutions du chou, sous la robe de la rave, entre les couches de l’oignon, les dents du pissenlit, dans la bataille des gènes, les drames de la culture et de l’agriculture.

 

Tout l’univers est convoqué, étoiles, montagnes, animaux, vaches, baleines, bactéries avec les poètes en une nouvelle mythologie, une fable épique et colorée qui voit l’envers de la politique et de la communication médiatique.

 

L’envers est-il le contraire de l’endroit ? l’alpage va-t-il brûler ? la montagne engloutir une expédition touristique ? la guerre décimer l’humanité ?, le narrateur tomber amoureux d’une rave ? Maria Stella d’un navet ? Est-elle vraiment enceinte ? Comment cela finira-t-il ?

 

Lador aime la poésie,les mots rares, scientifiques, techniques, argotiques, patois, sonores, les rimes, les assonances, sa prose a un rythme, une pâte particulière et s’il recoure parfois à des phrases interminables, il glisse souvent des aphorismes lapidaires.

 

Intérêts littéraire, humain, écologique, sociopolitique, satirique, mythologique, poétique, philosophique, humoristique, diététique, culinaire.

 

Public intelligent, frustré par le monde contemporain, enragé ou dilettante, qui veut voir autrement, n’ayant pas peur de lire, ayant le sens de l’humour, aimant la beauté, appréciant une vision originale et une écriture singulière, ne voulant pas mourir idiot, souhaitant s’émerveiller, qui aime que l’on écrive autrement sur les sujets dont tout le monde parle, qui veut lire un livre différent entre deux romans de Marc Lévy et d’Ana Gavalda.

 

Intéressera les maraîchers, les commerçants, les spéculateurs, les scientifiques, les artistes, les naïfs, les curieux, bref tous les lecteurs qui aiment la vie et l’art et l’art de vivre.

 

Extraits

Le début : 

« Seule surnageait des débris de mon rêve la figure d’une jeune femme nue sous son voile diaphane, mauve et blanc, souriante, coiffée d’une étoile bleue, ses nombreux bras, deux, trois, quatre, cinq paires peut-être, ouverts pour m’embrasser et qui sortait d’un chou, telle Aphrodite de sa coquille ou Sarasvati d’un lotus laiteux. J’avais la veille avant de me coucher trié des cartes postales anciennes et contemplé longuement une image classique et parfaitement kitsch représentant un chou et deux petits bébés roses et nus, les sexes cachés par une feuille, et qui proclamait l’arrivée de jumeaux de sexes différents. Cela je ne pouvais le voir mais je le savais. On sait toujours ce qu’il y a derrière les feuilles et autres paravents…

 

… Maria Stella Cadonau arrivait, ou était-elle déjà là ?, je ne l’avais jamais vue. Chaque fois que je vais chez mes amis, je rencontre une inconnue, ils forment une bande de copains infinie qui ne sont pas tous originaires de ce pays de Vaud, mais ancrés dans le terroir, copains d’école éparpillés et regroupés pour une soirée barbaque au feu de bois comme un vol de gerfauts dont certains sont des chouettes, des canards sauvages ou des ibis.

C’était l’inconnue de mon rêve, Parvati, celle qui vient de la montagne. Elle avait perdu ses bras, pas comme la Vénus de Milo, il lui en restait un et un, deux.

C’était une fille de sa vallée qui avait dû apprendre avant ou après son patois, l’italien, le romanche, le suisse allemand, l’allemand, l’anglais, le russe et fait des études agronomiques à Zurich, économiques à Saint-Gall  avant de parcourir le monde. Elle revenait de Boston où elle avait trouvé son chemin de Damas. »

 

Phrases courtes :

 

« On adule le chat et on torture le chou. On m’emprisonnerait si je faisais le contraire. »

 

« Un être qui passe la moitié de sa vie horizontal et l’autre vertical ne devrait que rêver et non vouloir debout incarner les visions surgies de sa couche. »

« L’homme influent et le comateux, deux légumes dont l’un peut apparemment se transformer en l’autre plus fréquemment que le contraire. »

 

« …nous pourrions faire une alliance contre les suceurs de sang et les suceurs de sève avec nos amis les légumes. Tout au plus téterais-je les seins bleus de la baleine blanche, comme la fourmi le puceron… »

 

« Nous sommes la seule espèce qui rase, arase, enferme, massacre, brûle, méthodiquement, systématiquement avec son intelligence, il ne s’agit pas de nazisme, ni de fascisme, ni de communisme, ni de sauvagerie mais d’humainerie, c’est inscrit au patrimoine de l’humanité, la rationalité peut déboucher dans l’élimination méthodique de la vie, des autres, des semblables, au détail ou massivement, par tous les moyens, primitifs ou à haute technologie ajoutée… »

                                                                                                                                 Portrait de la rave :

« Une robe couleur de rave. Quel poète a osé, quelle femme a osé, quel séducteur a osé offrir une robe couleur de rave ?, et pourtant ce violet parfois léger, progressif, qui peut tirer légèrement sur le mauve, qui se fait blanc, épiscopal devenu papal, le blanc toujours un peu cassé, le violet plus pâle, discret, dégradé. Crucifère mais ta croix tu la portes dans ta fleur. Ce qui nous intéresse, c’est ta racine, enflée, ronde, ovoïde, parfois comme la terre, aplatie aux deux bouts, parfois au contraire presque fuselée.  Dans mon Pays d’En Haut, il y a un lieu auquel tu as donné ton nom, l’alpage des Ravaires, situé au revers devait bien cultiver des raves ou être habité par quelque ours à mon image qui savait apprécier la saveur des raves et dont les filles se moquaient. Tu vas chez le sauvage, il te donnera une robe couleur de rave. Et puis il sent la terre. Il y en a à qui cela ne déplaît pas ce parfum profond et piquant entre terre et radis, même si beaucoup mettent dans la soupe du cumin pour en diminuer l’âcreté. »

 

Le chou parle :

 

« Nous les légumes savons que la conquête est nôtre, la découverte de l’Amérique fut effectuée par les Indiens asiatiques, et avant eux par les arbres et les tardigrades, alors on peut bien dire que le vainqueur est celui qui écrit l’histoire si c’est lui qui lit l’histoire, nous qui n’écrivons que des traces, nous occupons le territoire, nous le découvrons, l’Amérique est à nous depuis des millions d’années et les OGM, c’est nous qui les avons découverts et en avons usé avant vous, les bactéries échangent leur matériel génétique et ce que vous appelez espèces, dont d’ailleurs vous êtes obligés de changer la classification, la dénomination, de plus en plus souvent, nous n’en avons que faire, l’individu non plus, enceint éphémère dont la finalité n’est pas de nourrir un autre individu mais de participer à l’être, à l’image de dieu que vous croyez mort, Dieu l’indicible est cette totalité au-delà du total, tout fragment aspire à la totalité, moteur de la conquête et j’ai noté chez vous ce mouvement exacerbé de conversion, le syndrome du missionnaire, du millionnaire, mots magiques, vous devez convertir à ce que vous croyez, à ce que vous êtes, vous recherchez le différent pour le rendre semblable et en particulier ce qui est le plus différent et le plus récalcitrant, car vous êtes aussi, et c’est l’apparent paradoxe, mimétiques en diable, moutons dites-vous, humains devrait-on dire et vous voulez convaincre, séduire par le fer, le feu, la douceur, l’argent, plus les rebelles que les moutons, bien sûr il y a tension entre ces deux, le mouton croit que l’autre a raison, le rebelle qu’il a tort, mais les deux rêvent d’homogénéisation. »